Portrait
Rendez-vous avec Irina et Carlos de Quirky Beans

Pour notre portrait du mois, nous avons rendez-vous avec Irina et Carlos, fondateurs de Quirky Beans, une jeune maison de torréfaction installée à Paris.
Bonjour Irina et Carlos, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Carlos : Je suis né en Colombie mais cela fait longtemps que je vis en France. J’ai commencé à travailler dans le graphisme à la télévision, notamment comme motion designer. Depuis plus d’un an, nous nous sommes lancés avec Irina dans l’aventure du café. Nous nous sommes formés à la torréfaction d’abord au Canada, puis en France. C’est d’ailleurs au Canada que nous avons lancé Quirky Beans, avant de développer l’activité à Paris depuis novembre 2025.
Irina : Mon parcours est assez similaire. Je viens également de l’audiovisuel où j’ai travaillé dans le graphisme et l’illustration, principalement pour la télévision.
Comment est née l’idée de créer Quirky Beans ?
Irina : Nous participions régulièrement à des festivals de café, souvent à l’étranger, où la culture du café de spécialité est plus développée. En arrivant au Canada, nous avons constaté que l’offre ne correspondait pas toujours à nos goûts, avec une forte dominance pour la torréfaction dark roast. De plus, l’entrepreneuriat y est plus accessible qu’en Europe, avec des démarches administratives allégées, ce qui nous a amenés à nous poser la question : « Pourquoi ne pas essayer ? » et nous nous sommes lancés dans le café de spécialité. A ce moment-là, nous sommes partis deux mois en Colombie, dans la région natale de Carlos, pour sourcer notre café directement auprès des producteurs.
Carlos : Grâce à des contacts familiaux, nous avons eu l’opportunité de visiter treize fermes aux profils variés. Dans l’une des dernières visitées dans la région de Risaralda, la ferme Pachamama – Hogar Café, ce fut un véritable coup de cœur. Nous avons été séduits par leur approche en permaculture avec des caféiers cultivés au cœur de la forêt tropicale. Aujourd’hui, c’est avec eux que nous travaillons exclusivement.
Pourquoi le nom Quirky Beans, que reflète-t-il de votre identité et de votre approche du café ?
Le nom est né au Canada. Le mot “quirky” nous a immédiatement plu : il évoque quelque chose d’original, d’excentrique. Cela correspond bien à notre approche car nous aimons explorer des profils atypiques, notamment avec des process comme l’anaérobie. De plus, initialement, notre cible était le marché anglophone. À notre retour à Paris, nous nous sommes demandé si ce nom fonctionnerait en France. Finalement, en goûtant nos cafés, les gens retrouvent justement ce côté “quirky”.
Notre expérience dans le visuel nous a aussi poussés à créer un univers graphique décalé, en cohérence avec notre identité.
Quelle est votre vision du café aujourd’hui en tant que torréfacteurs indépendants ?
En France, et particulièrement à Paris, le café de spécialité se développe rapidement. Comparé au Canada, où le marché est plus mature, il reste encore un travail de pédagogie à faire ici mais les consommateurs sont curieux et de plus en plus intéressés par le café de spécialité. Ils découvrent que le café peut être aussi complexe que le vin ou la bière artisanale et que l’eau a également toute son importance dans la préparation du café.
Travaillez-vous avec des origines ou des producteurs en particulier ?
Pour l’instant, nous travaillons avec un seul producteur et proposons quatre références. Il était essentiel pour nous de connaître directement nos producteurs et de maîtriser la traçabilité. Les clients apprécient vraiment le fait que nous sourcons notre café. Nous sommes très attachés à cette relation humaine. À terme, nous aimerions élargir notre offre tout en conservant cette exigence.
Avez-vous un café signature ?
Oui, notre café “Quirky”, un nature anaérobie avec une fermentation marquée. C’est notre coup de cœur et aussi notre best-seller. Nous avons été surpris de son succès, car on nous disait que ce type de profil ne plairait pas forcément. Finalement, il séduit notamment ceux qui recherchent quelque chose de différent du café traditionnel.
Comment adaptez-vous vos profils de torréfaction ?
Nous avons été formés chez Beans on Fire (l’atelier collaboratif a récemment changé de nom et s’appelle désormais Altura), ce qui nous a permis de définir nos premiers profils. Ensuite, tout repose sur l’expérimentation : tester, goûter, ajuster. Nous avons notamment constaté qu’une torréfaction plus légère révèle davantage d’arômes. Rien n’est figé. Un même café peut révéler des profils très différents selon la méthode d’extraction ou la torréfaction. C’est ce qui rend ce métier passionnant.
Quelle importance accordez-vous à la fraîcheur du café, et comment la garantissez-vous ?
Elle est essentielle. Nous indiquons toujours la date de torréfaction et restons transparents sur toutes les informations. Nous stockons le café dans des conditions optimales et dégustons chaque torréfaction avant sa mise en vente. Le café continue même d’évoluer plusieurs jours après.
Comment accompagnez-vous vos clients dans le choix de leur café ?
Pendant les évènements, nous faisons goûter les cafés. Sinon, nous échangeons avec les clients sur leurs préférences et leur méthode de préparation pour les orienter au mieux..
Quelles sont les valeurs qui guident votre travail au quotidien ?
La transparence est centrale, ainsi que l’envie de faire découvrir des profils différents, faire découvrir des processus un peu plus fermentés. Rien n’est plus gratifiant qu’éveiller la curiosité des gens. Nous voulons éveiller la curiosité et rappeler que le café est le fruit du travail de nombreuses personnes, bien au-delà du torréfacteur.
Qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?
L’art en général. La création, la torréfaction est une forme d’expression artistique que l’on explore qui nous permet de créer, de découvrir et de faire découvrir.
Avez-vous un café préféré ?
Toujours notre Quirky nature, même si nous aimons découvrir d’autres cafés et origines.
Quels sont vos projets pour la suite ?
On aimerait bien faire plus d’évènements comme le Bordeaux Coffee show, puisque cela nous permet d’avoir des rencontres directes avec nos consommateurs, c’est une expérience beaucoup plus humaine que la vente en ligne. Ce n’est pas du tout la même chose, on peut voir les réactions et apprendre beaucoup de choses en échangeant avec les consommateurs. C’est quelque chose que l’on a beaucoup apprécié.
Nous ne souhaitons pas ouvrir de coffee shop, mais envisageons plutôt un lieu collaboratif avec d’autres torréfacteurs.
Le mot de la fin ?
Donner aux gens l’envie d’explorer de nouveaux goûts. Le café est un produit durable, profondément ancré dans les habitudes. C’est une source de motivation pour continuer à développer notre projet.










































































